Les Jeux Olympiques d’hiver 2030 auront donc lieu dans les Alpes françaises. Oui, encore. Après Chamonix, Grenoble et Albertville, la France ressort les anneaux du placard, les skis du garage et les promesses écologiques du tiroir du bas. Officiellement, c’est une excellente nouvelle pour le sport, les territoires et l’unité nationale. Officieusement, c’est surtout la preuve qu’en 2024, plus grand-monde n’a vraiment envie d’organiser ce genre de fête.
Les Jeux Olympiques d’hiver 2030 auront donc lieu dans les Alpes françaises.
Car il faut le rappeler : si les Alpes ont été choisies, ce n’est pas tant par enthousiasme débordant que par absence de concurrents sérieux. La Suisse a reculé, la Suède a renoncé, et le CIO, confronté à une pénurie de volontaires olympiques, a fini par regarder la France comme on regarde le dernier siège libre dans un TER bondé.
Une candidature « sobre », vraiment ?
Le projet des JO d’hiver 2030 se veut moderne, raisonnable, presque humble. Pas de nouvelles stations surgies de nulle part, pas de stades géants promis à l’abandon, uniquement des infrastructures existantes, recyclées, optimisées. En théorie, c’est l’olympisme version circuit court.
Dans la pratique, on parle tout de même d’un événement planétaire organisé sur plusieurs massifs, avec des déplacements massifs, des besoins énergétiques colossaux et une dépendance assumée à la neige artificielle. Le tout, évidemment, sous la bannière du développement durable, ce mot magique capable de rendre acceptable à peu près n’importe quel chantier tant qu’il est accompagné d’un logo vert.
Les organisateurs promettent des Jeux « responsables », mais peinent encore à détailler précisément qui paiera quoi, et pour combien de temps. Une tradition olympique, finalement.
La montagne pas toujours d’accord
Sur le terrain, l’enthousiasme est mesuré. Certains élus locaux commencent à lever le sourcil, voire à lever le pied. La Savoie, par exemple, a suspendu sa participation aux réunions de préparation, évoquant un projet flou, coûteux et mal partagé. Quand même les territoires hôtes commencent à se demander s’ils ne vont pas surtout hériter de la facture, c’est rarement bon signe.
Car derrière les slogans olympiques, il y a une réalité bien moins photogénique : routes saturées, logements sous pression, budgets publics extensibles comme un collant thermique trop usé. Et toujours la même question, jamais vraiment tranchée : à qui profitent réellement les Jeux une fois la flamme éteinte ?
Le CIO, ce grand optimiste
De son côté, le Comité International Olympique continue de regarder l’avenir avec un optimisme qui force le respect. Face au réchauffement climatique, il persiste à organiser des compétitions de sports d’hiver en pariant sur l’altitude, la technologie et un peu de chance météorologique. L’idée : tant qu’il reste quelques sommets enneigés et des canons à neige fonctionnels, l’olympisme peut continuer comme avant, ou presque.
Les JO 2030 sont ainsi présentés comme un modèle de transition, une vitrine des Jeux du futur. Une vitrine, certes, mais dont la façade devra résister à l’épreuve du temps, des températures et de l’opinion publique.
2030, ou l’art de croire encore au grand spectacle
Il serait injuste de réduire les Jeux Olympiques d’hiver 2030 à une simple opération de communication alpine. Le sport y sera réel, les performances aussi, et certains moments resteront sans doute gravés dans la mémoire collective. Mais difficile d’ignorer le décalage croissant entre le grand récit olympique et un monde qui questionne de plus en plus le coût, l’utilité et la pertinence de ces méga-événements.
En 2030, la France promet des Jeux propres, maîtrisés et exemplaires. Reste à savoir s’ils seront réellement à la hauteur de leurs ambitions, ou simplement un nouvel épisode de cette série longue durée qu’est l’olympisme moderne : spectaculaire, coûteuse, et toujours persuadée que cette fois, vraiment, on a compris la leçon.