Chaque février, c’est le même cirque. Les TGV déversent des wagons entiers de Parisiens en combi fluo sur les quais de Bourg-Saint-Maurice ou Moûtiers, et là, bim, les pistes se transforment en open space géant version poudreuse. On dirait une invasion de clones sortis d’un catalogue Zalando x Patagonia, tous persuadés que descendre la Combe de Saulire en tongs serait une bonne idée si seulement ils avaient pensé à les prendre.
C’est pas du ski, c’est du théâtre d’absurde grandeur nature
Le débarquement, c’est déjà la loose
Dès les premiers virages, on sent le drame arriver. Le mec qui a booké son forfait premium via une appli en écoutant un podcast sur le slow living, il se plante direct au milieu de la bleue, téléphone à la main, pour filmer son « premier run de ouf ». Derrière, la file s’étire sur cent mètres, les locaux râlent en silence, les moniteurs soupirent comme des vieux disques rayés. C’est pas du ski, c’est du théâtre d’absurde grandeur nature, version Jooks où tout le monde finit par se demander pourquoi il a quitté son 11e arrondissement pour venir se geler les miches.
Snobisme en altitude, mode d’emploi
Le Parisien en station, il arrive avec trois règles non négociables :
- poster minimum six stories par jour avec le hashtag #montagne #detox #recharge
- commander un chocolat viennois à 14 € en expliquant au serveur que « chez nous c’est bio et fair trade »
- doubler tout le monde aux remontées en mode « j’ai un cours privé à 11h15, merci de comprendre ».
Résultat : les pistes noires deviennent des autoroutes à egos surdimensionnés. Gonzai dirait que c’est du rock’n’roll mal calibré : beaucoup de bruit, zéro feeling, et à la fin tout le monde se plaint que la neige est trop dure ou trop molle, jamais juste bien. Ironie du sort, ils viennent chercher l’authenticité montagnarde mais ramènent leur bulle parisienne avec eux, genre bulle de 5 km de rayon autour de leur AirBnB à 800 balles la nuit.
Les locaux en PLS, les remontées en PLS, tout le monde en PLS
Pendant ce temps, le moniteur local qui enchaîne les saisons depuis 2003 regarde ça comme on mate un mauvais téléfilm. Il voit défiler les gamins de 8 ans qui skient mieux que la moitié des envahisseurs, et il se dit que ouais, c’est ça l’enfer : pas le réchauffement climatique (quoique), mais ces hordes qui transforment son terrain de jeu en terrain miné de maladresse et de mauvaise foi. Brain Magazine balancerait une vanne bien sentie : « Les Parisiens en station, c’est comme mettre du gel douche dans un jacuzzi : ça mousse beaucoup, mais au final ça sent le superficiel. »
Peut-être qu’on devrait tous redescendre un peu
Bon, soyons honnêtes deux secondes. Parmi ces hordes, il y en a qui apprennent, qui respectent, qui ferment leur gueule et qui skient peinard. Mais globalement ? C’est le chaos, le snobisme en altitude, le selfie-stick qui fouette le mec d’à côté. Peut-être qu’un jour on inventera un TGV direct Paris – station-secrète-sans-insta, ou alors on acceptera que la montagne, c’est pas un moodboard pour feed Instagram.
En attendant, si vous voulez creuser le sujet du tourisme qui déraille en montagne, jetez un œil à cet article qui parle des dérives des stations surpeuplées : Les stations de ski face à la surfréquentation et au réchauffement.
Allez, bonne descente. Et si possible, sans renverser tout le monde sur le bord de la piste. Merci d’avance.