On pourrait croire que l’année 2026 marque une pause dans le grand cirque trumpien. Erreur. Un an après son retour au pouvoir, Donald Trump continue de dérouler un catalogue d’annonces qui oscillent entre l’absurde et le glaçant, pendant que le reste du monde observe, entre sidération et résignation polie.
Chaos technique
Un « nouveau Gaza » en trois ans chrono
À Davos, devant un parterre de costards qui applaudissent par réflexe, Trump a sorti son dernier prospectus immobilier : transformer la bande de Gaza en « Riviera du Moyen-Orient », avec gratte-ciel, hôtels de luxe et promenades en bord de mer. Délai annoncé : trois ans. « C’est faisable si nous voulons que ce le soit », a-t-il lâché, comme s’il parlait de rénover un golf en Floride.
Le projet sent le déjà-vu : ambitions foncières démesurées, promesses économiques mirifiques, et un mépris total pour la réalité humaine du terrain. Pendant ce temps, les frappes continuent, les morts s’additionnent, mais le président américain semble surtout préoccupé par le potentiel Airbnb du coin. On se demande si le plan inclut des casinotiers ou des golfeurs saoudiens en bonus.
Le Groenland, round 2 : menace, recul, deal OTAN
Quelques jours plus tôt, Trump menaçait d’annexer le Groenland, brandissant des surtaxes douanières à 25 % sur une demi-douzaine de pays européens si le Danemark ne lâchait pas le morceau. Puis, patatras : à Davos toujours, il annonce un « cadre d’accord » avec l’OTAN, Mark Rutte en mode cheerleader, et hop, les taxes sont suspendues. Victoire stratégique ou simple théâtre pour calmer les marchés qui paniquaient ?
Peu importe le résultat final : l’essentiel est le procédé. On agite une provocation géopolitique majeure, on regarde les alliés s’affoler, on négocie dans la précipitation, et on se présente en sauveur pragmatique. Un chaos organisé, en somme.
Le « conseil de la paix », ticket d’entrée : 1 milliard de dollars
Cerise sur le gâteau : la signature de la charte du « conseil de la paix », une sorte d’ONU bis made in Trump. Siège permanent ? Un milliard de dollars cash. L’organisation promet de résoudre les conflits mondiaux, mais ressemble surtout à un club très sélect pour États prêts à payer pour jouer dans la cour des grands. L’ONU classique, avec ses vétos et ses discours interminables, doit se sentir soudainement ringarde.
Ce mélange de mégalomanie et de cynisme pur n’est même plus surprenant. C’est devenu la signature de la maison : on démonte les institutions existantes en les ridiculisant, on propose un ersatz tape-à-l’œil, et on facture le siège au prix fort.
Pourquoi on continue de regarder ?
La question n’est plus « que fait Trump ? », mais « pourquoi continuons-nous de le regarder faire ? ». Les commentateurs s’indignent, les diplomates rédigent des notes inquiètes, les marchés tressautent à chaque tweet, et pourtant rien ne semble vraiment l’arrêter. La culture de l’impunité qu’il a installée en un an est peut-être la seule vraie réussite durable de son second mandat.
On regarde parce que c’est devenu un spectacle addictif, un reality show géopolitique où le script change tous les jours. On regarde parce qu’on espère encore qu’à force de pousser les curseurs, il finira par casser quelque chose d’irréparable et que là, enfin, quelqu’un dira stop. On regarde parce qu’on n’a pas vraiment le choix : quand le type qui tient le bouton rouge décide de tweeter sur l’achat d’un territoire arctique ou la reconstruction d’une zone de guerre en centre commercial, impossible de détourner les yeux.
Trump fait n’importe quoi. Et nous, bouche bée, on regarde. Peut-être est-ce la vraie victoire : il a transformé la sidération collective en spectateur passif. Le reste n’est que détails.