Qu'est-ce que les "peurs modernes" ?
Les peurs modernes ne sont pas les craintes primaires (tigres, obscurité), mais les angoisses existentielles et systémiques engendrées par la complexité de notre époque. C'est la peur de l'obsolescence (professionnelle, sociale), l'angoisse de la performance constante, et la terreur face à un futur mal optimisé que nous ne contrôlons plus.
Ces peurs sont le moteur du malaise social et sont amplifiées par l'hyperconnectivité. Elles nourrissent les obsessions internet, car l'individu cherche désespérément à se rassurer ou à se distraire du chaos imminent. Le système nous force à devenir des héros du quotidien simplement pour maintenir le statu quo, mais cette pression génère plus d'anxiété que de courage.
Nos chroniques sur l'angoisse collective
Cette catégorie explore les sources multiples de nos peurs modernes et comment elles façonnent les névroses des générations foutues :
La peur de l'épuisement : L'angoisse de ne pas être à la hauteur, illustrée par le burnout, où l'on est fatigué par la simple pression d'être disponible et performant sous le régime du capitalisme de survie.
La peur du remplacement : L'analyse de l'IA qui déraille et des conneries High-Tech qui menacent d'automatiser nos emplois, même les plus créatifs. C'est l'angoisse de devenir inutile.
La peur du jugement : La pression constante d'afficher le bonheur et la réussite (les folies ordinaires), créant un environnement de cyber-dépression où la moindre erreur est amplifiée par l'audience des réseaux sociaux.
La peur de la pauvreté : La réalité du low-cost qui nous rappelle que l'économie de la misère peut nous rattraper à tout moment, malgré tous nos efforts.
Peurs modernes : la nouvelle monnaie
Dans l'ère de l'information, la peur est devenue une ressource exploitée. Médias, algorithmes et marketers vendent des solutions pour apaiser ces angoisses, mais ne font qu'alimenter le cycle.
Explorez ces chroniques pour comprendre la géographie de notre anxiété. La première étape pour affronter une peur moderne est de réaliser qu'elle est collective, et non le fruit d'une faiblesse personnelle.
Le mois de janvier 2026 s’achève : on veut tous revenir en arrière
Janvier 2026 est derrière nous, et l’envie collective de rembobiner la bande-son est presque palpable. Entre les factures qui gonflent discrètement, les concessions automobiles qui ressemblent à des cimetières de promesses et les gros titres qui empilent les fractures mondiales, le mois a laissé un arrière-goût de régurgitation. On sort du Nouvel An avec la gueule de bois habituelle, mais cette fois la gueule de bois semble durable. On se surprend à murmurer « 2025 n’était pas si mal » en rangeant les décorations.
Un janvier qui patine déjà
La rentrée économique a pris des airs de mauvais film d’anticipation. Les ventes de voitures neuves se sont effondrées à des niveaux pas vus depuis quinze ans, comme si les Français avaient soudain décidé que rouler en 2026 relevait du masochisme. Pendant ce temps, la hausse des taxes sur les énergies, dissimulée sous le prétexte de la baisse des cours mondiaux, ajoute cinq centimes par litre à l’essence et au diesel. On appelle ça « certificats d’économies d’énergie ».
Le corps comme startup : optimiser, mesurer, recommencer
Dans un monde où ton smartphone te piste plus fidèlement qu’un ex jaloux, il était inévitable que le corps humain finisse par se transformer en entreprise individuelle. Bienvenue dans l’ère du biohacking : on tracke ses pas, ses calories, son sommeil, ses hormones, comme si on gérait un portefeuille d’actions. Le mantra ? Optimiser, mesurer, recommencer. Sauf que, spoiler, le corps n’a pas lu le même memo que Silicon Valley.
Imagine : tu te lèves le matin, tu enfiles ta montre connectée qui te salue d’un « Bonjour, champion » ironique. Elle sait déjà que tu as mal dormi parce que tu as scrollé jusqu’à 3 heures du mat sur des stories de gens qui, eux, prétendent dormir comme des bébés bio. Ton appli te balance un score de récupération à 62 %. Pas terrible. Il faut optimiser. Tu avales un café noir – zéro calorie, évidemment – et tu files faire ta séance de HIIT. Parce que le cardio modéré, c’est pour les boomers qui n’ont pas découvert Strava.
Faire semblant d’aller bien par politesse : la comédie sociale du quotidien
À la question « ça va ? », la réponse est presque toujours la même. « Oui, ça va. » Peu importe l’état réel, la fatigue, l’ennui, l’angoisse légère ou le trop-plein diffus. Faire semblant d’aller bien est devenu un réflexe social, une formule de politesse plus qu’une information. Une manière de lisser les aspérités pour que la conversation puisse continuer sans accroc.
Le “ça va” comme code social
La plupart du temps, personne n’attend réellement la réponse. Le « ça va » sert à ouvrir un dialogue, pas à sonder un état intérieur. Dire que ça ne va pas, c’est prendre le risque de créer un moment gênant, trop long, trop lourd, trop réel.
Rester joignable comme preuve d’existence : quand la présence devient un signal vital
Il fut un temps où exister suffisait. On respirait, on marchait, on laissait des traces physiques — une signature au bas d’un chèque, une voix sur un répondeur, une carte postale froissée. Aujourd’hui, exister ne suffit plus : il faut être joignable. Et surtout, le prouver.
Dans un monde saturé de notifications, rester joignable est devenu un acte social, presque administratif. Une manière de dire : je suis là, je fonctionne encore dans le système. Ne pas répondre, ne pas être atteignable, c’est prendre le risque d’un léger effacement. D’un soupçon. D’une inquiétude passive.
La joignabilité, nouvelle forme de présence sociale
Être joignable, ce n’est pas seulement décrocher son téléphone ou répondre à un message WhatsApp. C’est maintenir un fil tendu entre soi et le reste du monde, un fil suffisamment solide pour rassurer les autres — et parfois soi-même.
Quand nos pensées deviennent du capital
“Il ne s’agit plus de penser, mais d’être pensé.” Voilà peut-être la meilleure façon de résumer ce que certains sociologues appellent aujourd’hui l’assujettissement cognitif. Plus qu’un simple slogan marketing, cette expression — qui résonne comme un avertissement — illustre une vérité dérangeante : dans l’économie numérique, votre attention est devenue une matière première jetable, constamment extraite, raffinée et revendendue par des plateformes qui flairent l’or.
Du cerveau pensant au cerveau disponible
L’expression “temps de cerveau disponible”, popularisée dans les années 2000 par un dirigeant de média français, n’a rien d’anodin. Derrière ce clin d’œil cynique se cache une logique industrielle : transformer l’attention humaine en ressource exploitable.