Dans un monde où ton smartphone te piste plus fidèlement qu’un ex jaloux, il était inévitable que le corps humain finisse par se transformer en entreprise individuelle. Bienvenue dans l’ère du biohacking : on tracke ses pas, ses calories, son sommeil, ses hormones, comme si on gérait un portefeuille d’actions. Le mantra ? Optimiser, mesurer, recommencer. Sauf que, spoiler, le corps n’a pas lu le même memo que Silicon Valley.
Bienvenue dans l’ère du biohacking
Imagine : tu te lèves le matin, tu enfiles ta montre connectée qui te salue d’un « Bonjour, champion » ironique. Elle sait déjà que tu as mal dormi parce que tu as scrollé jusqu’à 3 heures du mat sur des stories de gens qui, eux, prétendent dormir comme des bébés bio. Ton appli te balance un score de récupération à 62 %. Pas terrible. Il faut optimiser. Tu avales un café noir – zéro calorie, évidemment – et tu files faire ta séance de HIIT. Parce que le cardio modéré, c’est pour les boomers qui n’ont pas découvert Strava.
Le corps comme startup, c’est cette idée géniale qu’on peut scaler son métabolisme comme une app. Tu investis dans des gadgets : balance impédancemètre qui te dit ton pourcentage de graisse avec la précision d’un horoscope, bague Oura qui analyse tes phases de sommeil paradoxal, appli qui te rappelle de boire 2,5 litres d’eau comme si ton rein était un serveur en surchauffe. Tout est mesuré. Les BPM, les VO2 max, les macros. On parle en KPI : key performance indicators corporels. Ton objectif ? Atteindre le product-market fit parfait entre ton assiette et tes abdos.
Mais soyons honnêtes, c’est souvent du bullshit emballé dans du lycra. Tu passes ta vie à itérer : un régime cétogène qui te transforme en dragon cracheur d’haleine, puis un jeûne intermittent qui te rend irritable comme un community manager en crise. Tu testes, tu ajustes, tu recommences. Et pendant ce temps, ton corps, ce vieux réac, te rappelle qu’il n’est pas une machine. Il crash parfois sans raison, il a des bugs qu’aucun update ne corrige. Une tendinite parce que tu as forcé sur les burpees, un burnout parce que « recovery » n’est pas qu’un score sur une appli.
Le pire, c’est le storytelling qu’on se raconte. Sur LinkedIn – pardon, sur les groupes Facebook de fitness – on poste ses progress pics comme des pitch decks. Before/after, avec filtre pour masquer les cernes. « J’ai perdu 15 kg en transformant mon mindset. » Traduction : j’ai souffert en silence pendant que ma vie sociale partait en fumée. Parce que optimiser son corps, c’est souvent sacrifier le reste. Les apéros sautés, les restos refusés, les dimanches pluvieux passés à meal prep au lieu de glander sous la couette.
Et pourtant, on continue. Parce que dans cette startup qu’est ton corps, l’échec n’est pas une option, c’est juste une pivot. Tu rates ton marathon ? Pas grave, tu recommences l’entraînement avec un nouveau coach en ligne. Ton taux de cortisol explose ? Tu ajoutes une séance de méditation guidée – payante, bien sûr. C’est le cycle infernal : mesurer pour optimiser, optimiser pour performer, performer pour poster la preuve qu’on existe encore.
Au final, le corps comme startup, c’est peut-être la plus belle arnaque qu’on s’inflige. On croit hacker la nature, mais c’est elle qui nous hacke. Un jour, tu réalises que le vrai gain, c’est pas d’avoir six packs, c’est de pouvoir encore rire de tout ça. De lâcher la montre de temps en temps, de manger une pizza sans calculer les macros, de courir sans chrono. Parce que sinon, à force d’optimiser, on finit par oublier pourquoi on a lancé cette foutue entreprise : pas pour lever des fonds en abonnés Instagram, mais pour vivre un peu, merde.
Alors, prochaine itération ? Peut-être qu’on essaie le mode offline.