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Satire

La technologie n’est plus seulement ce laboratoire magique de promesses futuristes. Elle a troqué ses lunettes de visionnaires pour un costume taillé sur mesure par Wall Street et Shenzhen. Aujourd’hui, le mantra n’est plus « changer le monde » mais « maximiser la valeur pour l’actionnaire ». Une mutation que l’on observe à presque tous les étages de la tech moderne : des géants du logiciel aux start-ups de la data, en passant par les plateformes sociales qui digèrent nos vies comme on digère une pub programmatique.

Au lieu de rêver l’avenir, la technologie semble s’être contentée d’optimiser l’aujourd’hui. Et cet aujourd’hui, c’est le royaume du dollar.

le dieu dollar et la techno

"tout est calibré pour faire tourner la machine à cash"

Les géants qui dictent l’agenda

On pourrait croire que l’innovation est une quête désintéressée de progrès. La réalité est plus triviale : elle obéit à des logiques de rendement, de capitalisation boursière et de monétisation agressive. Dans ce paysage, les valeurs d’usage finissent souvent écrasées par les valeurs financières.

Prenez l’exemple des plateformes sociales. Elles vendent nos données comme on vendrait des horloges en solde. Engagement, rétention, ciblage publicitaire — tout est calibré pour faire tourner la machine à cash. La technologie devient instrument de captation plus que levier d’émancipation. Et souvent, ceux qui crient à l’innovation agnostique oublient qu’ils sont rachetés, absorbés, contraints par des modèles économiques qui n’ont qu’un seul dieu : le profit.

Monétiser l’intime, normaliser l’exploitation

Le virage n’est pas seulement financier, il est aussi culturel. En quelques années, des objets — des apps — des services — se sont immiscés au plus près de nos vies, et leur objectif est rarement notre bien-être. Le quantifié-soi devient quantifié-pour-la-vente. Chaque clic, chaque pause-café partagée, chaque minute passée à scroller est convertie en data commerciale.

Ce qui était autrefois banal est aujourd’hui une mine d’or silencieuse. Les technologies de reconnaissance faciale, de tracking comportemental ou d’analyse prédictive ne servent plus seulement à « améliorer l’expérience utilisateur ». Elles sont conçues pour anticiper, prescrire, orienter — et surtout vendre.

La façade “utile” pour mieux séduire

Si l’on en croit les discours marketing, la technologie est au service de l’humain. C’est beau. Très beau. Trop beau même. À force de parler d’algorithmes éthiques, de responsabilité sociale et de protection des données, on finit par croire que la tech a une âme. Mais derrière ce vernis de respectabilité se cachent souvent des stratégies de croissance exponentielle, où chaque utilisateur devient un actif financier.

La promesse de « simplifier la vie » se transforme parfois en obligation de consommer. On ne nous vend plus des outils, on nous vend des habitudes, des besoins artificiellement créés et des modèles d’abonnement perpétuels.

Et si on réhabilitait l’humain dans l’équation ?

Il n’est pas trop tard pour imaginer une technologie qui ne renie pas ses promesses originelles. Une technologie qui ne court pas uniquement après le KPI du trimestre, mais qui questionne ce qu’elle fait vraiment à nos sociétés, à nos psychés, à nos rapports sociaux.

Des voix commencent à s’élever, des initiatives émergent — open source, coopératives numériques, modèles économiques alternatifs — qui proposent de redonner à la technologie une dimension collective et humaine plutôt que purement marchande. Ce n’est pas une révolution. C’est peut-être juste une nécessité.