Nos sociétés modernes adorent se vanter de leur liberté. Et pour le prouver, elles ont trouvé une solution imparable : multiplier les choix jusqu’à l’absurde. Choisir devient une activité à plein temps. Manger, s’habiller, regarder une série, acheter un dentifrice ou aimer quelqu’un relève désormais de la stratégie, voire du burn-out.
L’hyper-choix n’est pas un luxe. C’est une charge mentale déguisée en progrès.
Choisir n’est plus décider, c’est comparer à l’infini
Autrefois, choisir signifiait trancher. Aujourd’hui, choisir signifie ouvrir 42 onglets, lire des avis contradictoires, hésiter, puis reporter la décision.
Chaque option promet d’être “la meilleure”, “la plus adaptée”, “celle qu’il vous faut vraiment”. Résultat : on ne choisit plus pour vouloir, mais pour ne pas regretter.
Le marketing a parfaitement compris le filon : plus on hésite, plus on reste captif.
La tyrannie de la personnalisation
Tout est personnalisable. Le problème, c’est que tout devient aussi de notre faute.
Si le produit est mauvais, c’est que vous avez mal choisi.
Si la série vous ennuie, c’est que l’algorithme vous connaît mieux que vous-même, mais que vous avez cliqué n’importe comment.
Si votre vie ressemble à un brouillon, c’est sûrement parce que vous n’avez pas pris la bonne option au bon moment.
L’hyper-choix vend une illusion de contrôle, puis reproche aux individus de ne pas savoir s’en servir.
Trop de choix tue le désir
À force de tout pouvoir choisir, plus rien n'est vraiment désiré. Chaque option en annule une autre. Chaque décision ferme une infinité de portes imaginaires. Résultat : on choisit sans conviction, en se disant qu’on pourra toujours changer plus tard.
Sauf que ce “plus tard” arrive rarement. On accumule des expériences tièdes, des achats moyens, des plaisirs par défaut. L’hyper-choix fabrique des vies optimisées, mais rarement habitées.
Même le bonheur est devenu une option parmi d’autres
Le plus beau coup de force de l’hyper-choix, c’est d’avoir transformé le bonheur en produit configurable.
Bonheur simple, bonheur intense, bonheur slow, bonheur performant, bonheur discret. À chacun son modèle, tant qu’il rentre dans une case, un abonnement ou une application.
Ne pas être heureux devient presque suspect. Comme si, avec autant de possibilités disponibles, ne pas y arriver relevait d’une faute personnelle plutôt que d’un système absurde.
Pourquoi on continue quand même
Parce que l’hyper-choix flatte l’ego. Il donne l’impression d’être libre, autonome, unique. Même s’il fatigue, même s’il paralyse, il reste plus séduisant que l’idée d’une limite imposée.
Mais à force de tout choisir, on finit par ne plus savoir ce qui compte vraiment. L’essentiel se noie dans le catalogue. La liberté devient un menu déroulant interminable, qu’on ferme parfois sans rien sélectionner.
L’hyper-choix n’est pas une avancée morale.
C’est une société qui a confondu abondance et sens, et qui s’étonne ensuite que ses individus soient épuisés, indécis et vaguement insatisfaits.